Nouvelle attribution pour un denier lorrain

Nouvelle attribution pour un denier lorrain

 

La monnaie 

Il s’agit d’un denier attribué par M. Flon à Ferri IV, en voici la légende.

MONETA  au revers avec une épée en pal

D’ FE . R.  à l’avers avec une sorte de personnage qui pourrait être un moine et qui tient un oiseau de proie de la main gauche et un couteau ou poisson de la main droite.


 

38.39 denier.jpg

FERRI IV.jpg



 

Pour cette monnaie, les poids fort variables observés ne permettent pas de se faire une idée juste de la taille. Il faudrait une étude métrologique poussée pour permettre quelques conclusions.




 

Les origines du type

Cette monnaie est une imitation d’un type ducal. M. Flon attribue à Ferri III. Je pense personnellement que les premiers exemplaires ont été forgés par Thiébaut II et ceux avec la légende F DVX sont à donner à son fils Ferri IV (il existe d’ailleurs toute une série de monnaies que M. Flon attribue indistinctement à Ferri III et Ferri IV qui sont à rendre à ce dernier)


 

Denier de Thiébaut II

 

TITI 2.jpg

TITI.jpg

Denier de Ferri IV

88 denier de Nancy.jpg

ferri IV 1.jpg

 

Les Imitations

Plusieurs seigneurs et prélats lorrains ont imités cette monnaie.

Renaud de Bar, évêque de Metz

Une des plus importantes fabrications semble être celle de Renaud de Bar, évêque de Metz.

On voit l’évêque debout tenant sa crosse et les évangiles et une épée en pal sur l’autre face.

Renaud de bar copie 2.jpg

La légende peut se lire ainsi

R ENAud et EPI NAV pour Epinal

Renaud de bar copie.jpg

Renaud   Ep i Scopus et  ESPI NAVS

Renaud de bar copie 1.jpg

Renaud De Bar  et EPI NAV

Pour ce dernier type de Renaud de Bar, il est étrange qu’il ait adopté le chevalier debout comme sur les types ducaux mais les légendes permettent difficilement une autre interprétation. Il frappa peut-être ce type en tant qu’administrateur du Barrois pendant la minorité du comte Edouard.

Cité de Toul

Cité de Toul 1.jpg

Pas de souci pour la légende

TOVL   et    NO CITEI  pour notre cité Il existe une variante avec  CITEL


 

    Anonyme des évêques de Toul

Plusieurs deniers de ce type n’ont pas de légendes qui permettent de les associer à un prélat plutôt qu’un autre. On ne peut reconnaitre que les ateliers de fabrication.

MONETA De LIBERduno pour Liverdun

MONETA IN TuLo pour Toul

MONETA De BrIsseyo pour Brixey aux chanoines

EV Toul.jpg

 

Henri III de Vaudémont

vaudemont H.jpg

On peut lire la légende ainsi :

Henri Comes Vaudemont X  Le X ayant été ajouté probablement pour mieux coller à l’originale et la terminaison en DVX.

MONeta CAstellI pour Châtel sur Moselle

 

    Gaucher de Chatillon

 Vaudemont 2.jpg

La légende GAVCH pour Gaucher et WEDEM-M pour Vaudémont



 

L’avis des autres auteurs

Pour M. Flon ce monnayage appartient à Ferri IV de par je suppose l’interprétation de la légende.

 M. De Saulcy ne connait pas ce type, il n’apparait pas dans ses travaux. Par contre, au sujet du denier de Renaud de Bar au type armé, il le met au profit du conté de Bar administré par l’évêque Renaud de Bar en cette période, ce qui expliquerait  le chevalier en arme et la titulaire de L’évêque.

M. Robert classe cette monnaie sous Ferri IV mais en imitation du type messin. Il s’étonne qu’un atelier ducal ait imité le produit d’un atelier moins important et indique que le mot MONETA sans complément indique une contrefaçon d’un petit seigneur. Il souligne que dans ces conditions, il est normal que certains numismates aient classé cette monnaie pour Fénétrange.

M. De Mey attribut la monnaie à Raoul probablement à cause de la légende et son R qu’il place en début de celle-ci.

 

Période de Fabrication

Notons d’abord une remarque judicieuse de M.Flon page 449 de son ouvrage, ce denier fut frappé sur une courte période.

 

Les deniers d’origine frappés par Thiébaut II et Ferri IV l’ont été entre 1302 et 1329, qui correspondent à l’étendue de ces deux règnes. Il est fort à penser que Ferri IV n’imita le monnayage de son père qu’au début de son règne le temps de choisir de nouveaux types pour bien se démarquer de son prédécesseur comme c’est la plupart du temps le cas.

 

Les imitations de Renaud de Bar dont le règne débuta en 1302 jusque 1316 sont à cheval sur les règnes des deux Ducs. Il fut administrateur du comté de Bar jusqu’à 1303, date où il devient évêque de Metz nommé par le Pape. Il est alors obligé d’abandonner cette charge. Ceci explique probablement les deniers du type au chevalier qui lui sont attribués. Ils auraient alors été fabriqués avant cette date et la gestion du comté de Bar justifierait l’utilisation d’un type proche de celui du Duc.

 

Pour l’évêché de Toul, la période de production ne peu se situer semble-t-il qu’à partir de 1306, date d’élection d’Otton de Granson puis de Guy de Pernes 1306/1307, Eudes Colonna 1307/1309 et Jean d’Arzillières 1310/1320 auquel certain auteurs accordent ces deniers anonymes. M. Flon précise que ces monnaies auraient été émises par le Duc avec l’autorisation du prélat dans les ateliers de celui-ci afin d’accélérer la production et ceci pour hâter le remboursement de dettes de l’évêque.

 

La ville de Toul semble avoir forgé ces deniers à partir de 1306 en réponse à l’évêque Otton avec lequel elle est en conflit (peut-être à cause des dettes de celui-ci).

 

Henri III de Vaudémont n’aura fabriqué que peu de monnaies,  Il a forgé celle-ci à Châtel sur Moselle avant 1306, date à laquelle il se marie avec la fille du Duc Ferri III. L’accord issu de ce mariage lui permis d’éponger les dettes qu’il avait et le poussa d’une façon ou d’une autre à cesser son activité de monnayage.

 

Gaucher de Chatillon a également imité ces deniers. M. Flon part sur la base du mariage de celui-ci avec  la veuve du comte de Vaudémont pour faire commencer la frappe de cette monnaie avec Ferri III et ainsi attribué certaines monnaies à celui-ci. C’est sans compter sur le caractère du connétable de France. Il frappa cette monnaie probablement sans demander aucune autorisation pendant la période de ce mariage 1301/1312. Il dut en plus profiter de la minorité du futur comte de Vaudémont Henri III. Il récidiva en 1314 lorsqu’il épousa Isabelle de Rumigny  veuve de Thiébaut II et qu’il entra en conflit avec Ferri IV pour la frappe de monnaie à Neufchâteau qui faisait partie du douaire de sa nouvelle femme Isabelle de Rumigny. C’est un arbitrage qui dura jusqu’à 1318 qui lui permit d’obtenir en partie ce qu’il désirait. Son opiniâtreté et son lien de vassalité avec le roi de France souvent en conflit avec le Duc sont surement pour beaucoup dans cette fabrication. Notons qu’il n’existe pas d’imitation pour Florennes qu’il acquit en 1313, ni Neufchâteau que son union lui apporta  en 1318.

 

Henri III comte de Bar ne fabriqua pas ce denier et d’ailleurs peut de types  monétaires, on pourra peut-être rattacher au comté les exemplaires fabriqués sous la tutelle de Renaud de Bar même s’ils sont frappés à Epinal. Edouard qui succédera à son père en 1302 commencera un monnayage dont ces deniers seront absents.

 

Les évêques de Verdun ne semblent pas avoir imité ce denier.

 

Pour une meilleure lisibilité des différents règnent par rapport aux autres, voici un tableau qui éclairera peut-être un peu mieux ces explications.

Pour ma part, je pense que l’on peut situer la fabrication de ces deniers entre 1302 début du règne de Thiébaut II et 1312 décès de Hélisende de Vergy, femme de Gaucher de Chatillon et dont l’usurpation du droit de monnayage s’éteint complètement à l’accession de Henri III au titre Comtal.




 

La seigneurie de Fénétrange, fief de l’abbaye de Remiremont

La seigneurie de Fénétrange(ou Filestrange) détenait le droit de battre monnaie depuis au moins 1070. A cette date, l’empereur Henri IV fixe la redevance due par l’Abbesse Gisèle de Remiremont (Fénétrange dépendait de l’abbaye de Remiremont à cette époque pour le droit de battre monnaie à Remiremont ainsi qu’à Fénétrange même s’il n’est pas possible pour l’instant de différencier les deux officines.

L’abbaye  de Fénétrange détient donc le droit de battre monnaie.

Ce fief est une avouerie jusque 1275, les seigneurs du lieu ont la délégation de l’abbaye de Remiremont pour protéger l’endroit par les armes. Il y aura en 1252 la fondation du prieuré Saint Léonard où résideront de façon permanente deux abbés pour la gestion de l’avouerie. 

En 1275, Hugues de Fénétrange reçoit en toute propriété le château de Diemeringen, il est alors dégagé de tout lien de dépendance féodale par le marquis de Deux Ponts dont il était le vassal.

En tant que seigneur du lieu, rien n’empêche ses successeurs de profiter du vieux droit de monnayage des abbesses à leur profit. On en aura l’exemple plus tardif avec Diane de Dommartin et Geneviève d’Urfé.

Pour ces raisons, j’attribuerais ce denier à la seigneurie de Fénétrange.

Le personnage s’il s’agit d’un abbé peut rappeler l’origine du droit, l’oiseau de proie et le second attribut dans la main droite représente le droit de fauconnerie que seules la noblesse possède et la légende peut s’interpréter ainsi :

MONETA D’e FEnetRange


 

FERRI IV.jpg


 

Je tiens à remercier M. Renard qui a su orienter ma recherche sur Fenetrange et dont l’érudition à éclairé quelques aspects de la numismatique de cette époque.

                                    Gérald Pedon


 

Bibliographie

Histoire monétaire de la lorraine et des trois évêchés par M. Dominique Flon

Recherches sur les monnaies des Ducs héréditaires de Lorraine par F. de Saulcy

Les monnaies de Metz par F. de Saulcy

Description de la collection numismatique de M. P.Charles Robert

Les monnaies Lorraines de Jean René de Mey

Un « état » singulier et minuscule : la baronnie de Fénétrange par Albert Eiselé

Diemeringen et environs…au fil des  siècles par Georges Brunner

La maison souveraine et ducale de Bar par Georges Poull

Notice de la Lorraine  de Dom Calmet


 

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Commentaires (2)

Pedon Gérald
  • 1. Pedon Gérald | 15/11/2019
Je suis d'accord, il n'y a aucun texte définitif qui donne une attribution certaine mais il n'en n'existe pas plus pour une attribution au duc. L’érudition de M. Robert me pousse à ne pas prendre ses propos à la légère. Pour rappel, le droit de battre monnaie à Fénétrange existe car Diane de Dommartin dans le cas contraire n'aurai jamais frappé monnaie. Et pourquoi de duc de Lorraine aurai fabriqué une imitation d'une imitation de sa propre monnaie?
Le débat est ouvert et je corrigerai avec plaisir mes propos si l'on m'apporte une preuve certaine.
MOTTIN
  • 2. MOTTIN | 14/11/2019
Cette publication ne fournit aucune bibliographie convaincante. L'attribution à Fénétrange est tirée par les cheveux.
Renard n'apporte pas plus de preuves pour l'attribution à Fénétrange.
Bel effort mais manque de preuves sérieuses

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